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Nous avons le plaisir de vous informer de la publication
du premier recueil de poésie de Den Hall, intitulé
"LES CORDES DE PLUIE"
12 €
LES CORDES DE PLUIE
Préfacé par Jacques Herman
PREFACE
Qui ne se souvient du désormais très ringard lettrisme d'Isidore Isou ? Ce génie littéraire autoproclamé avait prétendu donner le ton à la poésie nouvelle dans les années cinquante et soixante puis il disparut avec elles comme une fumée. Ses suiveurs, innombrables, sont d'ailleurs eux aussi allés rejoindre les rangs poussiéreux de l'oubli. Et pourtant, combien de nos contemporains manifestent encore ces ridicules velléités à donner à l'incompréhensible et à l'abscons des valeurs devant lesquelles les milieux de la culture alternative eux-mêmes ont depuis longtemps cessé de se pâmer d'admiration.
Dans un registre totalement différent, il se trouve, depuis une vingtaine d'années, une catégorie de poètes qui cherchent à se distinguer par la surcharge d'images, c'est-à-dire par le recours sans modération à la métaphore; ces rois de la Chantilly donnent la pénible impression que plus le gâteau est crémeux, plus il est digne d'intérêt alors qu'il n'est en fin d'analyse qu'un générateur de douloureuses indigestions. Ces pâtissiers du verbe sont aujourd'hui légion. Avec eux, nous retombons dans les travers du baroque voire de la préciosité littéraire que nous croyions l'un comme l'autre définitivement morts et enterrés. On n'est pas toujours à l'abri de surprises.
Den Hall a fait le pari de la simplicité. Le lexique chez elle n'est jamais ni ampoulé, ni détourné. Ses poèmes ont la saveur du jour qui passe sans plus de bruit que celui des aiguilles qui tournent sur le cadran, sans plus d'odeur que la fraîcheur matinale, sans plus d'éclat que la lumière naturelle. La poésie chez elle ne souffre jamais d'aucun excès, ni dans ce qui est dit, ni dans la forme revêtue. On oserait presque dire que sa poésie coule de source. Non pas que le travail de l'écriture soit inexistant, mais il se tapit dans l'ombre. Et ceci, à mes yeux, est bien l'essentiel: un poème qui transpire l'élaboration ne relève pas de la démarche poétique naturelle qui consiste davantage à proposer au lecteur l'esquisse d'un morceau d'âme de l'auteur plutôt qu'à lui imposer une insoutenable démonstration de virtuosité.
Combien de fois l'ai-je déjà dit, écrit, souligné? La virtuosité rabaisse la poésie au rang d'un jeu mécanique. Les rouages trop bien huilés, les ressorts trop bien positionnés ... c'est l'ennui assuré. Le contraire de la poésie, en quelque sorte.
On ne demande pas au poète de se montrer brillant. Plus il jette de feux, plus son œuvre sonne faux. Hélas, pourquoi le nier, beaucoup d'écrivains (surtout dans l'orbe de la francophonie) s'avèrent plus brillants qu'éclairants.
Den Hall ne tombe jamais dans le travers de l'abscons ni dans celui (souvent pire encore) du recours à l'omniprésence de l'écrasante métaphore. Elle ne tombe pas davantage dans le troisième grand piège qui guette le poète et qui consiste dans l'étalage grandiloquent d'humeurs mielleuses et d'états d'âme grincheux et larmoyants. Rien n'est pire en poésie que l'auto-complaisance, la rhétorique de bazar et le romantisme de pacotille. Que les dieux qui président aux choses de l'écriture nous préservent de la poésie bucolico-gnangnan qui est à la littérature ce que le calendrier des postes est au musée des beaux-arts.
Il s'agit maintenant pour le lecteur de pénétrer dans l'univers poétique de Den Hall. C'est ici en effet son premier ouvrage. Donc aussi une forme d'appel à un regard dépourvu de tout préjugé. Une espèce d'invitation à la double découverte d'un auteur et d'une écriture. On se promènera dans les textes avec la curiosité d'un voyageur qui cherche à relever tout ce qu'il souhaite emporter avec lui du périple parcouru et qui le conservera précieusement et pour longtemps dans un coin de son cœur, un repli de son âme.
Avec Den Hall, on navigue sur des eaux rarement tumultueuses mais toujours en mouvement pour que l'indicible se fasse entendre, que l'ineffable montre le bout de son nez, que le "je-ne-sais-quoi" devienne une raison de vivre.
Jacques Herman
Président de l'Association Vaudoise des Ecrivains
Vice-Président du Centre suisse romand du PEN Club International
Quelques extraits :
Cordes de pluie
La brume paresse et s’étire
La pluie a cessé de tomber
Les toiles d’araignées
Sont des voiles orientaux
Scintillant de poussière d’eau
Des vapeurs se délitent
Exhalant des fragrances
D’humus et d’aubépine
Les sillons gorgés d’eau
Voient une vie revenir
Dans le ciel renouvelé
Une silhouette inattendue
Une âme fluette
Qui s’extirpe d’un corps
Il s’était pendu
Aux cordes de pluie
Dis-moi
Dis-moi
Que l’écume des vagues
Qui se dénouent
Comme le taffetas
D’une robe de mariée
Se fera bienveillante
Dis-moi
Que le soleil
Qui ensanglante de ciel
Absorbera mes larmes
Et me videra
De ce désir de toi
Dis-moi
Que lorsque je ne serai plus
Qu’une coquille vide
Frêle esquif ballotté
Je saurai oublier
Le rivage
Pour dériver sans fin
Loin de toi
Vomir
Elle se surprit à vomir
Un flot curieux
Hétéroclite
Ses parures en toc
Tous les mots
Qui sonnaient faux
Les vrais dégriffés
Ses faux amours
Et ses faux semblants
Ses désirs inassouvis
Et ses orgasmes simulés
Ses aspirations velléitaires
Et sa rage de plaire
Il ne resta
Que les mains diaphanes
D’un petit jour
S’éloignant pour toujours
Un jour gris et pluvieux
D’une autre vie
Copyright Den Hall
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