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Mercredi 22 décembre 2010 3 22 /12 /Déc /2010 09:25

Nous avons le plaisir de vous informer de la publication
du premier recueil de poésie de Den Hall, intitulé
"LES CORDES DE PLUIE"
12 €






LES CORDES DE PLUIE
Préfacé par Jacques Herman

 

PREFACE

 

 

 

 

 

Qui ne se souvient du désormais très ringard lettrisme d'Isidore Isou ? Ce génie littéraire  autoproclamé  avait prétendu donner le ton à la poésie nouvelle dans les années cinquante et soixante puis il disparut avec elles comme une fumée. Ses suiveurs, innombrables, sont d'ailleurs eux aussi allés rejoindre les rangs poussiéreux de l'oubli. Et pourtant, combien de nos contemporains manifestent encore ces ridicules velléités à donner à l'incompréhensible et à l'abscons des valeurs devant lesquelles les milieux de la culture alternative eux-mêmes ont depuis longtemps cessé  de se pâmer d'admiration.

 

Dans un registre totalement différent, il se trouve, depuis une vingtaine d'années, une catégorie de poètes qui cherchent à se distinguer par la surcharge d'images, c'est-à-dire par le recours sans modération à la métaphore; ces rois de la Chantilly donnent la pénible impression que plus le gâteau est crémeux, plus il est digne d'intérêt alors qu'il n'est en fin d'analyse qu'un générateur de douloureuses indigestions. Ces pâtissiers du verbe sont aujourd'hui légion. Avec eux, nous retombons dans les travers du baroque voire de la préciosité littéraire que nous croyions l'un comme l'autre définitivement morts et enterrés. On n'est pas toujours à l'abri de surprises.

 

Den Hall a fait le pari de la simplicité. Le lexique chez elle n'est jamais ni ampoulé, ni détourné. Ses poèmes ont la saveur du jour qui passe sans plus de bruit que celui des aiguilles qui tournent sur le cadran, sans plus d'odeur que la fraîcheur matinale, sans plus d'éclat que la lumière naturelle. La poésie chez elle ne souffre jamais d'aucun excès, ni dans ce qui est dit, ni dans la forme revêtue. On oserait presque dire que sa poésie coule de source. Non pas que le travail de l'écriture soit inexistant, mais il se tapit dans l'ombre. Et ceci, à mes yeux, est bien l'essentiel: un poème qui transpire l'élaboration ne relève pas de la démarche poétique naturelle qui consiste davantage à proposer au lecteur l'esquisse d'un morceau d'âme de l'auteur plutôt qu'à lui imposer une insoutenable démonstration de virtuosité.

Combien de fois l'ai-je déjà dit, écrit, souligné? La virtuosité rabaisse la poésie au rang d'un jeu mécanique. Les rouages trop bien huilés, les ressorts trop bien positionnés ... c'est l'ennui assuré. Le contraire de la poésie, en quelque sorte.

On ne demande pas au poète de se montrer brillant. Plus il jette de feux, plus son œuvre sonne faux. Hélas, pourquoi le nier, beaucoup d'écrivains (surtout dans l'orbe de la francophonie) s'avèrent plus brillants qu'éclairants.

 

Den Hall ne tombe jamais dans le travers de l'abscons ni dans celui (souvent pire encore) du recours  à l'omniprésence de l'écrasante métaphore. Elle ne tombe pas davantage dans le troisième grand piège qui guette le poète et qui consiste dans l'étalage grandiloquent d'humeurs mielleuses et d'états d'âme grincheux et larmoyants. Rien n'est pire en poésie que l'auto-complaisance, la rhétorique de bazar et le romantisme de pacotille. Que les dieux qui président aux choses de l'écriture nous préservent de la poésie bucolico-gnangnan qui est à la littérature ce que le calendrier des postes est au musée des beaux-arts.

 

Il s'agit maintenant pour le lecteur de pénétrer dans l'univers poétique de Den Hall. C'est ici en effet son premier ouvrage. Donc aussi une forme d'appel à un regard dépourvu de tout préjugé. Une espèce d'invitation à la double découverte d'un auteur et d'une écriture. On se promènera dans les textes avec la curiosité d'un voyageur qui cherche à relever tout ce qu'il souhaite emporter avec lui du périple parcouru et qui le conservera précieusement et pour longtemps dans un coin de son cœur, un repli de son âme.

 

Avec Den Hall, on navigue sur des eaux rarement tumultueuses mais toujours en mouvement pour que l'indicible se fasse entendre, que l'ineffable montre le bout de son nez, que le "je-ne-sais-quoi" devienne une raison de vivre.

 

 

Jacques Herman

 

Président de l'Association Vaudoise des Ecrivains

Vice-Président du Centre suisse romand du PEN Club International

 

 

 

Quelques extraits :

Cordes de pluie

 

La brume paresse et s’étire

La pluie a cessé de tomber

Les toiles d’araignées

Sont des voiles orientaux

Scintillant de poussière d’eau

Des vapeurs se délitent

Exhalant des fragrances

D’humus et d’aubépine

 

Les sillons gorgés d’eau

Voient une vie revenir

 

Dans le ciel renouvelé

Une silhouette inattendue

Une âme fluette

Qui s’extirpe d’un corps

 

Il s’était pendu

Aux cordes de pluie




Dis-moi

 

 

Dis-moi

Que l’écume des vagues

Qui se dénouent

Comme le taffetas

D’une robe de mariée

Se fera bienveillante

 

Dis-moi

Que le soleil

Qui ensanglante de ciel

Absorbera mes larmes

Et me videra

De ce désir de toi

 

Dis-moi

Que lorsque je ne serai plus

Qu’une coquille vide

Frêle esquif ballotté

Je saurai oublier

Le rivage

Pour dériver sans fin

Loin de toi

 



Vomir

 

Elle se surprit à vomir

Un flot curieux

Hétéroclite

 

Ses parures en toc

Tous les mots

Qui sonnaient faux

Les vrais dégriffés

 

Ses faux amours

Et ses faux semblants

Ses désirs inassouvis

Et ses orgasmes simulés

Ses aspirations velléitaires

Et sa rage de plaire

 

Il ne resta

Que les mains diaphanes

D’un petit jour

S’éloignant pour toujours

Un jour gris et pluvieux

D’une autre vie

 

Copyright Den Hall

Par Editions Flammes d'âme - Publié dans : POESIE - Communauté : un vers, deux vers, une poésie
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